FIN DU ROYAUME SAKALAVA
Si IȎmiettement du royaume sakalava fut
un facteur continu d’expansion, il portait en
lui, aussi, le germe de son déclin. Le système
féodal ne pouvait qu’engendrer des rivalités
et le détachement progressif du souverain. L’autorité
royale se limitait au pays situé entre la Mahajamba
et la Mahavavy. Le Nord. entre la So?a et la Sambirano
se soulevait contre les successeurs de Ravahiny. Le
dernier roi fut Andriantsoly, de son vrai nom: Solovola.
In?uencé par les antalaotra, il se ?t «
silamo ». Il succédait à Tsimaloma,
qui avait remplacé sa grand-mère Ravahiny
en 1808. Après la campagne du Manabe, Radama
va se tourner vers le Boeny. Les rivalités francoanglaises
continuant Lord FARQUHAR, gouverneur de l’île
Maurice, voulut à tout prix empêcher l’installation
des Français sur la côte Ouest. Alors que
Radama lançait déjà ses opérations
dans le Menabe, deux navires de guerre anglais, sous
les ordres de NOURSE, s’étaient présentés
à Majunga.
Le commandant exprima son désir de voir les deux
royaumes vivre en paix. Le roi du Boeny, qui n’avait
aucune visée territoriale accepta la proposition.
Pour preuve de bonne foi, le roi fut invite à
arborer le pavillon que lui apportait le commandant
ce qu’il ?t. Or son geste, symbole de bon voisinage,
fut interprété comme un acte de vassalité
au roi Radama Une ambassade du Boeny, déléguée
à Tananarive, refusa d’admettre une pareille
interprétation. On donna
six mois aux sakalava pour se soumettre. L’ultimatum
fut rejeté. Les sakalava, ?ers de leur indépendance,
refuseront de se soumettre. A la fin du mois de mai
1814, Radama marche avec ses troupes à travers
le pays sihanaka. Le général ROBIN, ancien
soldat des guerres napoléoniennes l’accompagne
ainsi que le sergent_anglais HASTIE. Les
deux colonnes de Radama ?rent leur jonction du côté
de Marovoay. HASTIE tenta une dernière démarche
auprès de Hussein-Hen-Ahdallah, beau-frère
du roi et gouverneur de la ville. Les pourparlers échouèrent.
Déjà les troupes de Radama approchaient
de la ville. Hussein attaqua les assaillants avec 2
000 hommes mais succomba sous le nombre. Il recula jusqu’à
Majunga où Ramanetaka ne tarda pas à pénétrer.
Hussein paya de sa mort la ?délité à
son roi.
Si les sakalava de Marovoay trouvèrent un refuge
dans la forèt de l’Ankarajàntsika,
les antalaotra et les sakalava de Majunga, eux, s’enfuirent
vers le Nord, la Mahajamba et Nosy-be La chute de Majunga
entraîna la soumission forcée de Andriantsoly.
Pour lui enlever l’appui des antalaotra, Radama
le mit en résidence forcée à Marovoay.
Le roi conservait son titre mais l’autorité
effective revenait à Ramanetaka. Comme preuve
de leur soumission, on exigea des sakalava la remise
de toutes leurs armes. Radama demeura six semaines à
Majunga, ?t construire un fort, le garnit de 200 hommes
et l’arma de 4 canons. Andriambazaha en prit le
commandement.
La soumission du Boeny était plus apparente que
réelle. Les postes militaires échelonnés
à travers le pays étaient incapables de
la surveiller. La remise des armes que l’on imposait
blessa l’amour propre des guerriers sakalava Cette
mesure déclencha la révolte.
Ce fut l’insurrection de 1825 qui ensanglanta
le pays avec tous ses excès et ses cruauté
de part et d’autre. Ramanetaka envoya une colonne
de secours pour aider la garnison de Marovoay. Elle
arriva trop tard. Le poste d’Andrihoanana fut
pris et sa garde massacrée avec son chef Manjakatompo.
0n ne faisait aucun quartier. Il ne restait plus au
gouverneur de Majunga qu’à attendre la
curée. Une avance rapide aurait livrée
la ville aux sakalava mais, Andrianasoly battait le
rappel de ses guerriers et attendait les fuyards du
Menabe. Partis le 3 mars 1825 de Marovoay, les sakalava
n’arrivèrent que le 8 au soir à
Majunga. Ce laps de temps fut mis à pro?t par
les occupants du fort du Rova pour renforcer les défenses.
Sachant le sort qui les attendait s’ils tombaient
aux mains des sakalava, les défenseurs étaient
décidés à
vaincre ou à mourir. Les défenses du Rova
étaient constituées de palissades et de
fossés et couvraient toute la colline
de Sarinbingo. Les assaillants se partagèrent
en quatre groupes et se lancèrent à l’attaque
le 10 mars 1825.
Le groupe Sud était mené par deux antalaotra
: Tsimba et Moussa. Ils partirent de la ville antalaotra
et, à travers les fourrés de jujubiers,
gravirent la colline. Au Nord, les accidents de terrains
favorisèrent la marche d’approche des assaillants.
Ceux qui attaquaient du Plateau des Tombes débouchaient
en terrain découvert et devenaient une cible
facile pour les défenseurs du Rova. Dans ce secteur,
l’ardeur combative des guerriers sakalava fut
refroidie par la mort de leur chef.
Ramanetaka en pro?ta pour faire une sortie et jeta la
confusion dans les rangs ennemis. De la
position acquise, Ramanetaka lança une attaque
sur les troupes du Nord qui avaient déjà
forcés les défenses
du Rova. Les sakalava, pris à revers, se débandèrent
et, par Mahavoky, se dirigèrent sur Ambondrona
où
Andriantsoly attendait l’issue de la bataille.
Le groupe Sud se réfugia dans la ville antalaotra
et résista jusqu’à l’incendie
de celle-ci. La ville
?amba presque entièrement car les maisons en
dur étaient rares.
La tactique avait eu raison de la masse.
Les 69 boutres ancrés dans le port permirent
à un grand nombre d’antalaotra de fuir
vers Nosy-Be.
Andriantsoly chercha refuge à Nosy-Kamba avant
de se réfugier à Nosy-Manja, dans la baie
de la Mahajamba. Quelques 1 500 prisonniers sakalava
furent enfermés dans le camp de Marohogo. Toute
évasion avait pour conséquence l’extermination
de toute la famille. Une fois par an, on permettait
aux sakalavas de venir tremper dans la mer leurs reliques
royales. Ils accomplissaient leur rites habituels mais
toute joie était bannie. Après leur défaite,
les chefs sakalava étaient partagés sur
la conduite à tenir. Certains étaient
partisans de la lutte à outrance. en particulier
Ta?kandro. cousin d’Andriantsoly, qui voulait
poursuivre la lutte dans l’Ambongo, d’autres
étaient plutôt enclins à traiter.
La plupart des chefs avaient été faits
prisonniers. Un seul fut laissé en liberté:
Mari-Ben-Rosy. Il réussi à libérer
la sœur d’Andriantsol, Ouantatsy, et s’enfuit
vers le Nord pour organiser la résistance.
Tous les esclaves avaient fuis et les antalaotra se
retrouvèrent seuls. Majunga retrouvait la paix
mais la paix des ruines. Tous les villages de la côte
s’étaient vidés par peur des représailles.
La guerre se déplace vers le Nord. Avec les 2
000 hommes de renfort que dépêche Radama,
Majunga devint la base des opérations contre
les Sakalava. Andriantsoly trouva ?nalement refuge à
Mayotte. Plus tard, Ô ironie du sort son adversaire
faillit partager son exil. Le gouverneur de Majunga,
craignant pour sa vie, sous le règne de Ranavalona,
s’enfuit à Anjouan où il termina
ses jours.
Si jadis Majunga comptait près de 8000 habitants,
en 1842. quand GUILLAIN la visita, on n’y comptait
plus que 675 personnes libres et 250 esclaves. Après
l’incendie de la ville, les bateaux anglais et
américains continuèrent leur tra?c.
En 1828, les bricks « Virginia » et «
Talent » y ?rent escale. En 1836, la maison de
Londres établit un comptoir à Majunga
et tenta de concurrencer les américains mais
les pertes amenèrent la fermeture du comptoir
en 1840. En 1845, sous Ranavalona, le commerce est paralysé.
Les relations avec les pays étrangers sont interdites,
les biens américains sont mis sous séquestre.
En 1846, les américains réussirent à
récupérer les cargaisons de « Star
» et de « L »Emptly Wilder ».
Il faudra attendre le règne de Radama II pour
que le commerce redevienne libre.
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