LE ROYAUME SAKALAVA
Majunga allait faire son apparition sous la royauté
sakalava. On sait que la sauvegarde de l’intégrité
territoriale amena la dispersion de la famille d’Andriandahifotsy
qui laissait derrière lui 17 ou 19 enfants. Andrianmandisoarivo
quitta le Menabe et après des escalades successives
se tailla un royaume depuis le Manambolo jusqu’au
Sambirano. Les tribus se soumirent de gré ou
de force. Le royaume sakalava du Nord était fondé.
Son chef revint vers le Sud et ?xa sa résidence
vers le milieu de ses états, sur la Mahavavy
un peu au sud de la baie de Boeni en un lieu qu’il
appela Tongay (arrivé). La côte était
parsemée de comptoirs Antalaotra soumis à
leurs chefs respectifs. Ils refusaient de reconnaître
l’autorité du nouveau roi sakalava. En
général, les Antalaotra vivaient en bon
terme avec les Malgaches mais en apprenant que Andrianmandisoarivo
s’était emparé de Langany dans la
baie de la Mahajamba qu’ils considéraient
comme le chef-lieu de leurs établissements, ils
évacuèrent les villages de la côte
et se réfugièrent dans l’île
de
Antsohihibory qu’ils forti?èrent. Ibrahim,
qui avait été commandant à Baly
fut fait prisonnier.
Manamoana, qu’ils considéraient comme chef
suprême, se sentant incapable de lutter, ordonna
à ses sujets consternés de renfermer dans
une grande caisse, de la combler de cailloux et de le
précipiter dans l’eau. Le jeune frère
de Manamoana qui avait un ?ef dans le Boeni, fut capturé
à son tour.Au sud de Soalala. Rasoalao connut
le même sort.
Assiégés par les sakalava, les antalaotra
pro?taient, la nuit, d’un passage à gué
pour renouveler leurs provisions d’eau. Un des
leurs fut surpris durant cette traversée. Les
sakalava pro?tèrent du chemin et, un soir où
la population dansait et chantait sans mé?ance,
con?ant dans leurs forti?cations, pénétrèrent
dans la ville. Submergés par le nombre des assaillants,
les antalaotra, plutôt que de se faire tous massacrés,
se soumirent. Pour perpétuer le souvenir de son
exploit, le roi donna le nom de «boeni »
à son royaume; nom qui signi?erait: béni.
Andrianmandisoarivo se mé?ait, à juste
raison, des antalaotra qui se soumettaient à
sa domination par pure nécessité. Grâce
à leurs boutres et à leur tra?c, ils pouvaient
facilement préparer un soulèvement en
se procurant des armes auprès des forbans qui
écumaient la mer des Indes. Aussi l’obligation
leur fut faite de s’établir dans la baie
de Bombetoka, avec défense absolue de construire
en dur, défense qui ne sera relevée que
sous Ravahiny quelques quarante ans plus tard. L’extension
de la royauté sakalava va accélérer
le processus d’assimilation des antalaotra et
marquer la ?n de leur autonomie.
Après un règne de vingt ans, Andrianmandisoarivo
s’éteignit sur les rives de la Mahavavy.
Son ils, qui lui succéda (1720-1730), s’établit
non loin de la résidence de son père,
à Be?to. Ses quatre
descendants se partagèrent le royaume. Andriamahatindriarivo
?t de Marovoay sa capitale provisoire mais Majunga contrôlait
l’activité maritime de la région
aussi elle ?nit par éclipser Marovoay et ?nalement
lui usurpa son titre.
Jusqu’à présent aucun document n’a
permis de déterminer la date exacte de la fondation
de Majunga. D’HOLST la signale sur sa carte en
1738 sous le nom de Modjanga que recti?èrent
plus tard INVERARITY et OWEN. Il fallut bien quelques
années aux antalaotra pour leur installation
dé?nitive... 1740? ... 1745? ... (9).
Faut-il voir dans ce nom Majanga une déformation
du nom arabe Mzi-Angaia (la ville des fleurs) ? Si ce
quali?cati?ui convient un siècle et demi plus
tard, il semble bien prématuré de le lui
attribuer au moment de l’installation des antalaotra.
La ville s’établit près du lagon
au milieu des baobabs et à quelques centaines
de mètres du banc de
sable sans cesse rogné par la mer. La colline
du Rova sur laquelle devait se bâtir la ville
ancienne était envahie par les jujubiers. Les
sakalava des villages voisins y enterraient leurs morts.
Ces tombes ne disparurent qu’avec les constructions
de 1895.
D’après la tradition malgache, le nom de
Majanga lui fut donné au temps du roi sakalava.
II possédait une résidence dans les environs
et à l’un des envoyés de la cour
venant s’enquérir de sa santé, il
répondit: « Mahajanga », c’est
à dire, en sakalava, qui rends sain, robuste.
Interprété en Hova, le nom prenait une
signi?cation péjorative: la ville saine devenait
la «ville dévergondée » que
les soldats de Radama trouvaient pleinement justi?é.
(10)
Des relations de bon voisinage s’établirent
de nouveau entre sakalava et antalaotra. Le roi leur
concéda une certaine autonomie, tout en surveillant
leurs activités. Une petite ?lle du roi fut même
élevée à la dignité de sultane
et donnée en mariage à un chef anlalaotra.
Chaque année, le roi percevait un tribu de vassalité
et tous les boutres qui accostaient à Majanga
devaient verser un droit d’ancrage.
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