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::: Histroire de Majunga d'après le père Rémy L'HERMITE

MAHA-JANGA

Des vestiges de villes importantes confirmant les écrits des explorateurs et des navigateurs attestent que la côte Ouest de Madagascar fut habitée dès le XIème et XIIème siècle par des Arabes et des Persans. Fuyant devant les envahisseurs plus puissants, ils abandonnèrent les côtes d'Afrique et de l'archipel des Comores et créèrent des colonies, échelonnés, le long de la côte Ouest (I). Furent-ils les fondateurs de cette ville d'Ys malgache, dénommée «La ville des Savants» qui disparut, à une date indéterminée, engloutissant dans le silence sous-marin, les fastes de sa véritable
histoire ou de sa légende? ... Son souvenir a subsisté.
Les indigènes racontent que près des falaises rouges de Ka/sey, en face de Majunga, se trouvait une île riche et lorissante où se dressait une ville importante. Ses habitants étaient réputés par leur habileté et par leur savoir; ce qui valut à la ville la réputation de «ville des Savants ». Leurs boutres sillonnaient les eaux et quelques-uns allaient au sud d'un grand cap où la mer est toujours houleuse. Ils avaient pêché d'immenses poissons (cétacés ?) et plusieurs revinrent disant qu'ils avaient vu de gros blocs d'une pierre blanche qui flottait à la surface de la mer, qu'ils avaient voulu les rapporter mais, qu'en route, elles s'étaient changées en eau...
Faut-il donc en conclure qu'ils avaient poussé leurs investigations sur mer jusque dans l'océan Antarctique?

Ce peuple connaissait aussi l'art de travailler les métaux et leurs descendants de Katsepy montrent encore des vases de cuivre martelé qu'ils disent venir de la ville des Savants. Mais l'anneau mouvant qui entourait l'île se resserrait sans cesse. Les progrès étaient tels qu'elle se trouva réduite de moitié; bientôt les vagues battirent les murs de la ville. Puis un jour arriva où, montant sur leurs boutres, les habitants assistèrent à la disparition de leur cité. Ils se répandirent en
différents pays; beaucoup se réfugièrent sur la côte malgache. C'en était fait de «la ville des Savants ». Les flots l'avaient ensevelie dans leur sein. Aujourd'hui, il existe encore des vieux patrons de boutres qui affirment pouvoir vous conduire en un point, situé à miroute des Comores, où l'eau peu profonde et très claire, laisse voir, par temps calme, les restes bien reconnaissables de maisons et de murailles qui furent «la fantasmagorique ville des Savants ».
La légende peut intervenir pour une large part dans ce récit. Cependant il paraît bien certain qu'il n'est pas le simple fruit de l'imagination et qu'il s'appuie sur un fond de vérité.
Une île fort peuplée émergeait, en effet, non loin de Majunga puis fut engloutie. Ce phénomène dut se produire à une époque peu éloignée. Les tremblements de terre, les cyclones, les raz-de-marée ont fait disparaître bien des îles!
A la fin du XIXème siècle, de vieux Antalatra rappelaient fréquemment le souvenir de l'île de Moudioumbi qui s'étirait jadis sur un long banc de sable entre Mayotte et la grande Ile. Elle fut engloutie dans un raz-de-marée. D'après la tradition locale, les habitants de ces îles, prévoyant le danger, auraient fui à temps vers la Grande Terre. Plusieurs comptoirs de la côte connurent un passé florissant. Les ruines qui subsistent témoignent de leur splendeur disparue: Antsoherihory, dans la baie de Boeni et Nosy Manja dans l'embouchure de la Mahajamba.

s’étaient établis dans la baie d’Ampasindava, à Sada, à Nosy Komba et à Bombetoka, jadis Ampombitokana, la ville qui avait ravi TRISTAN DA CUNHA et qui lui donna le nom de «Bahia Formosa». Si vers 1650-1680, Majunga n’est pas encore connue, la baie, elle, abritait déjà de nombreux villages dont le principal Ampombitokana devait lui donner un nom durable Bombetoka. TRISTAN DA CUNHA y séjourna en 1506. Il s’empara du chef que les habitants appelaient «cheik»
et qui le conduisit la nuit suivante à une autre baie bien fermée, la baie de la Mahajamba. Le village est
localisé à l’est de la baie sur une proéminence protégé par la mer et des marais. Cette localité de la baie de « Maragande » (Betsiboka) tourmenta fort longtemps l’imagination des explorateurs ethnologues.

D’après GUILLAIN, les noms de la baie furent primitivement Majijaro. Majigaro, Managara … Le nom désignait la baie et le ?euve. Bombetoka se vit attribuer les noms les plus fantaisistes:
OWEN, dans sa «Recherche sur les saka/ava » prétend que la baie fut d’abord nommée: Ampampotaka, contraction de « Ambava-Betsiboka » ...
ELLIS le ?t dériver de «vohibe-toaka » : village où abonde l’alcool!
LESEIGUES fouille ses souvenirs classiques et lui trouve des af?nités avec le grec. « Bomos » : autel et «betoc » : milieu. Un autel y aurait été érigé par des européens! Dieu sait si les étrangers sont passés maître dans l’art de déformer les noms, jadis comme maintenant... et les Malgaches ne leurs cèdent en rien sur ce chapitre (4).
Les explorateurs et les marins baptisèrent tous la baie d’un nom nouveau (5). Pour le capitaine PETIT JAN, c’est le grand port de Massailly.
BENYOWSKY l’appelle «baie des volontaires ». Les triturations vont continuer: Bombatok ... Cobetoka ... Pombevotok ... Fometok ...Pombetetok ... etc. ...
GUILLAIN lui donne un nom à résonance locale: « Ta?an ‘ Tarane ». Les malgaches répondent: Be olakolaka amy ny zavatera mazava ! C’est chercher midi à quatorze heures. Habitués à donner un nom à leurs villages suivant la con?guration du sol, les arbres qui y poussent, les Malgaches l’avaient surnommée Ampombitokana : un palmier solitaire se dressait dans le coin, d’où le nom: «village à l’unique palmier».

Les vazahas escamotèrent le nom et en ?rent Bombetoka, nom qui ?gure sur les cartes (6).
Les noms des deux pointes qui gardent l’entrée de la baie subirent les mêmes avatars. La
pointe de l’Ouest à été appelée:
Pointe de Bombetok par d’ HERMITE (1732),
Bohina par D’HOLST (1738),
Nossapanjava par INVERAR ITY (1802),
Katsepe. Katsepa par BISSY de LANGLOIS et par ROB LET en 1865.
La pointe de l’Est passa par les mêmes vicissitudes:
Sareebingo chez INVERARITY,
Antsarabingo chez LAILLET,
GRANT réussit à stabiliser son nom Anorombato et Pointe du caiman

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