CEREMONIES
FUNEBRES SAKALAVA
Les cérémonies funéraires et la
vénération des reliques étaient
parmi les grandes manifestations des royaumes sakalava.
Aussi, elles revêtaient un caractère de
solennité que nous avons peine à comprendre
de nos jours. A sa mort, le roi sakalava était
plus ou moins divinisé et ses restes étaient
entourés d’un vrai culte idolâtrique.
La possession de ces reliques, leur transfert, jouèrent
un grand rôle dans l’expansion du royaume
sakalava. Quand Andriamandisoarivo se tailla un royaume,
après des escalades successives, il eut soin
d’amener avec lui les restes d’Andriamitsara.
Les quelques reliques ancestrales devaient asseoir son
prestige et garantissaient sa légitimité.
Le deuil royal pouvait durer de trois à quatre
mois et toute la vie sociale et familiale était
axée sur le souvenir du roi ou de la reine défunt.
Il était «fady», interdit, de se
laver le corps et les vêtements tant que durait
le deuil. Ce temps sacré mettait en branle toutes
les préséances et prérogatives.
Les sujets accouraient en foule s’associer au
deuil et amenaient des centaines de bœufs que l’on
sacri?ait journellement. On appelait ces bœufs
«omby manitra», bœuf parfumé
! Les sujets peu fortunés se contentaient d’une
obole. Les musulmans apportaient du parfum que l’on
répandait sur la dépouille du défunt.
Chaque caste avait ses attributions bien déterminées.
Les Seigneurs, propriétaires de fiefs importants,
arrivaient entouré d’une cour de jeunes
gens «.?hitra » et de jeunes ?lles «
maromanangy». Les « marorivobe »,
chargés de la garde des tombeaux royaux, sonnaient
de la trompe « Amjoboana » et battaient
le rappel. I.es « andratsoka» brûlaient
les bœufs. sacri?iés. Les « tsiarana
» pouvaient, seuls, couper la tête des bœufs.
Les « andraramaiva » portaient les coffrets
où étaient enfermés les restes
mortels. Les corps des « maroseranana ».
c’est à dire des rois et membres de la
famille royale sont après la mort, enveloppés
dans la peau d’un bœuf et portés dans
un coin désert, au milieu de la forêt où
on les suspend aux branches d’un arbre, laissant
la putréfaction, qu’ils appellent «
hanitra .», parfum, parachever son œuvre.
Un clan spécial veille jusqu‘ à
ce qu’ il ne reste plus que le squelette. On brûlait
constamment des parfums autour du corps. On renouvelait
la peau de bœuf et les lambas tous les huit jours,
pendant le premier mois, et tous les quinze jours le
second mois. A chaque opération, on enlevait
des morceaux de chair qu ‘on enterrait en un lieu
sacré ou qu ‘on jetait dans un étang
en même temps que le liquide qui provenait de
la décomposition du cadavre. Tous les vendredi,
on faisait des invocations solennelles pour demander
au « zanahary » et au roi défunt,
à côté de Dieu, de protéger
son peuple et de lui procurer bonheur et richesses.
(Eth, GRANDIDIER/t.3, P : 515, notes: 23) A l’occasion
des funérailles, on faisait taire tous les sentiments
de rivalité. On voyait rassemblés :
Les « vatobe », étaient chargés
de la bonne tenue des tombeaux royaux.
Les « tankoala », refaisaient les toits.
Les « marosiratsy », descendants de l’unique
?ls que Andrianevenarivo ne réussi pas à
liquider
à sa naissance.
Les « antimalalika » (miva/ika ny fanjakana),
les cadets furent préférés aux
aînés, d’où leur nom.
Les « mandrota », vrais rois sans ?efs mais
propriétaires d’immenses troupeaux.
Les « antimanaraka », ?ls des maîtresses
des rois.
Les « homankazo », descendants royaux dépossédés
qui vivaient du travail des bois.
Les « marlahy », possédant beaucoup
de bœufs et chargés de la castration des
bœufs royaux.
Avant d’être déposé dans le
« Doany », le corps du roi devait être
complètement desséché. Dans
les soins funéraires, Il était interdit
de se servir d’un instrument quelconque. L’habitude
de sacri?er des
jeunes gens et des jeunes ?lles sur les corps desquels
on déposait la dépouille royale semble
avoir été
limitée aux premiers règnes.
Le transfert dans le doany se faisait en grande solennité.
Celui de Majunga comprend deux enceintes et deux cours
successives: le « vola mena» et le «
vola be » appelé le « zombabe».
Il contient les reliques de :
• A ndriamisara-efàdahy,
• Andriamandisoarivo,
• Andriamboniarivo ,
• Andriandahifotsy,
• Andriamisara.
Les restes de Ravahiny furent transportés à
Mahabo. Les reliques du doany de Majugaa ( 14) comprennent:
les moustaches, les ongles et les dents de devant auxquels
on attache un symbolisme. Elles sont placées
dans un coffret en bois du pays, sculpté et orné
d’or et d’argent .Le plus riche coffret
est celui d ‘Andriamisara, le chef de la caste
royale. Il est tout plaqué de dessins sur or
et fermé par un ?ligrane du même métal.
Le coffret d’Andriamihanina est
plaqué d’or et d’argent. Les quatre
coffrets sont alignés sur un lit, enfermé
dans une étoffe de satin rouge. Les objets personnels
du défunt étaient déposés
près des reliques. Dans le zombabe, nous trouvons:
• 1 chaîne en argent de 5 mètres
de long,
• 2 vieux chapeaux en feuillets d’argent
ciselé,
• 4 lambas noirs,
• 1 grand couteau,
• 2 hallebardes,
• 9 sagaies,
• 4 tridents,
• 1 fer de sagaie,
• 2 cuillers en fer,
• 2 marmites en terre,
• 14 gargoulettes,
• 7 brûle-parfums,
• 3 chandeliers,
• 4 assiettes,
• 1 verre,
• 1 grand coquillage,
• 2 tambours sakalava,
• 2 autres tambours enfermés dans une étoffe,
l’un contient une pièce de 100 Fr.
en or et l’autre une pièce de 5 Fr. en
argent.
Les reliques proprement dites: moustaches, ongles et
dents sont à l’intérieur de cornes
liées. A des époques déterminées,
on les arrose d’huile de ricin, après qu’elles
aient été solennellement lavées
à grande eau, d’où le nom de «fandroana
», le grand bain. Parfois on les trempait dans
du rhum et, plus tard, dans l’eau de mer, après
la disparition du royaume. Le jour de la vénération
des reliques est resté la principale fête
des Sakalava. Pour s’approcher du doany, il faut
obligatoirement quitter les habits européens
et se ceindre du lambahoana. Les mardi, mercredi, jeudi
sont fady pour la vénération des reliques.
Certaines observances, encore en vigueur, intervenaient
au moment du deuil et durant les funérailles
royales.
Celles-ci doivent se faire obligatoirement après
le coucher du soleil. Par l’intermédiaire
du « tromba », les esprits des rois sollicitaient
souvent la faveur de visiter leurs familles, d’où
ces transferts assez fréquents. Quand Ramasombazaha,
gouverneur de Majunga, abandonna la ville, il amena
à Tananarive les reliques. Elles furent ramenées
par le général METZINGER en 1897 et après
avoir séjourné sur la colline du Rova,
elles furent transférées à Mahabibo,
où elles sont toujours.
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